« JOURNAL TOKYOÏTE »

pour Brain Magazine

« Comme une eau, le monde vous traverse, et, pour un temps, vous prête ses couleurs. Puis il se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr. » L’usage du monde, Nicolas Bouvier

Jour 1 : L’empire de la délicatesse

Le Japon est l’empire de la délicatesse.

Celle-là nous frappe d’emblée — peut-être plus encore que le surréalisme dégénéré, deuxième qualité majeure du pays. A peine sortis de l’aéroport, c’est une évidence : l’archipel est un magasin de porcelaine dont nous sommes les éléphants. Des éléphants analphabètes et barbares. Et devant les gens et les choses nous sommes là, muets, idiots, hagards comme des enfants.

La gardienne de la résidence universitaire où Pierre réside pousse un petit cri aigüe de stupeur lorsqu’il pénètre en chaussures dans son studio – car ici, on ne marche pas en chaussures à l’intérieur, on se déchausse avant de revêtir des petits chaussons laissées là à dessein. Bastien et Pablo se font sèchement refouler des quelques restaurants de Shibuya où ils ont l’arrogance de vouloir boire sans manger. Blandine est une anomalie avec ses cheveux trop blonds — dans certains lycées, sans doute aurait-elle d’ailleurs été forcée de se les teindre en noir, sous peine d’être renvoyé pour trouble à l’ordre public. Arthur, quant à lui, ne peut pas s’empêcher d’imiter les japonais en se contorsionnant. Nous essayons par tous les moyens de l’en dissuader mais la bête est coriace — et le rire constant.

C’est sans doute la nourriture qui, dans cette première journée, nous émeut le plus. Nourriture fumeuse, pleine de choses vertes, dorées et rouge piment, qui donne des joues rouges de grands enfants. Après une ballade dans Shibuya dans cet état de fébrilité magique qu’on appelle le jetlag, nous nous endormons.

Jour 2 – Un silence rond comme une orange

Ce soir, nous jouons au WWW, en plein coeur de Shibuya pour le festival Saison Rouge, dont le principe consiste à ce que des artistes japonais et des français, pour une semaine, échangent de pays. Chassol, Clara Lucciani et Léonard Lasry sont de la partie.

La balance est hallucinatoire tant elle rayonne d’évidence et de fluidité. Les technicien japonais sont souriants, rapides et de bonne volonté. Plus aberrant encore : tout en effectuant des réglages, ils dansent.

Un peu avant le concert on nous demande, pour une radio nationale, de souhaiter « un Joyeux Noel à tous les auditeurs de Simple Style ». Nous sommes le 19 octobre.

Nous ne savons pas quel sera notre public, ce soir, ni ce qu’il comprendra de nous. Sans doute un public curieux du français — celui de Chassol du moins, dont les disques sortent sur un label Tokyoïte, Chassol qui, d’ailleurs, plus tard dans la nuit, nous mettra tous à terre en jouant Big Sun avec l’excellent batteur Jamire Williams devant une horde de japonais en ébriété auditive et nous, dans la foule, tout aussi hypnotisés.

Comme souvent, la fébrilité qu’on éprouve avant de monter sur scène rend le concert étrange, et étrangement précieux. Après deux ou trois morceaux, cela se voit aux têtes qui dodelinent, les japonais ont l’air d’aimer notre musique. Bonnie Banane, qu’on aperçoit dans le public au troisième morceau – énième hallucination de voyageur – dodeline elle aussi, et ce dodelinement nous galvanise. Notre énergie monte crescendo.

Au milieu du set, nous avons pour habitude de lire les peurs des spectateurs — notées sur des morceaux de papier. Cette fois, les peurs sont en japonais. Une japonaise bilingue, dans le public, accepte de monter sur scène pour les lire à notes côtés. C’est un moment mystérieux et émouvant — puis la transe reprend.

Que peut-on partager avec un public dont on ne sait rien ? De l’énergie sans doute, de l’invisible et des ondes. Un certain état du corps – une tension – en l’occurrence, de la musique.

Quand, à la fin du set, après la phrase « Nous ne saurons jamais comment vivre, mais nous y mettrons toutes nos forces », nous avons tous fermé les yeux, il y a eu un long silence. Un silence parfait et parfaitement déstabilisant. Le plus long silence sur scène que notre histoire ait jamais connu, un silence rond et transparent. Comme une bulle.
Et quand le premier applaudissement l’a percée, tout Shibuya s’est remise à hurler.

Jour 3 – Jack Sparrow chante du Queen

Au Japon, les rues n’ont pas de nom. Nous nous perdons donc environ 53 fois par jour. Dont ce soir — cherchant à rejoindre des amis français dans un bar. Errant dans les quartiers à la recherche d’indices plus fiables que notre GPS, nous avons l’air de participants à un Fort Boyard impossible. Soudain Arthur hurle : c’est qu’il a miraculeusement trouvé la clé. Au cinquième étage d’un immeuble qui ne paye pas de mine – on le voit depuis le trottoir, c’est un cube qui rougeoie comme un aquarium – se trouve « L’Amaranth Lounge » que nous recherchions. Et depuis l’ascenseur, on entend les beat résonner. Quand la porte s’ouvre, une boule à facettes géante nous accueille sur un canapé. Nous entrons.

C’est une sorte de Cabaret Japonais Trans où grouillent des créatures hallucinantes et hilares : Jack Sparrow et Peter Pan aux yeux bridés, des Kokeshi faites femmes, des danseuses classique et la tenancière du lieu, avec son turban aux milles éclats de miroir. Nous sommes dans un rêve, et ce rêve à une fonction : célébrer l’anniversaire de Lee, le meilleur ami de la patronne. S’enchaînent alors sous nos yeux — sur la petite scène de 3m2 — divers spectacles au kitsch jouissif, faits de soleils et de fenêtres en carton, allant de la contorsion sur corde à une resucée de La petite sirène en karaoké en passant par, c’est le clou, une interprétation magistrale et silencieuse du We are the champions de Queen par Jack Sparrow.

Dans ces show bricolés, par-delà le rire, règne une innocence désarmante. Une innocence qui n’existe plus en Europe – qui a disparu, comme une espèce – et un sens du ridicule salvateur. On dirait que les sourires, sur les visages maquillés des performeurs, ont été découpés et collés depuis des bouilles d’enfants. La candeur règne sur la nuit.

A partir d’1h, et alors que Peter Pan passe derrière les platines, plus rien n’a de sens et nous montons sur scène à notre tour, plongeant dans l’océan de l’absurde jusqu’au matin. Qui vient vite : le pays n’étant pas celui du le soleil levant pour rien. A Tokyo, la vie reprend à 6h00.

Jour 4 – Les yeux bridés de la mélancolie

Il y a une mélancolie propre aux pays asiatique, celle des films de Hong Sang Soo et des disques de Sakamoto, une mélancolie pleine de fantômes, de choses tues et de discussions de quatre heures sous un érable japonais. Une mélancolie que l’on soigne à coups de saké, ou d’étourdissement dans la réalité virtuelle, un goût de la suspension dans lequel notre journée est happée. Et ni la visite de la cité impériale, ni celle des temples d’Asakusa ou des parcs de Yoyogi n’y changent rien. Alors nous finissons par nous abandonner au sentiment du « wabi-sabi », avec un gros bol de soupe miso et la musique de Shuta Hasunuma. Une révélation.

Jour 5 – Les secrets ne se traduisent pas

Aujourd’hui découverte de l’étrange quartier des Love Hôtel de Shibuya, à chacun sa manière.

Ce que nous y avons fait ?

A la fin de Lost in translation, Bill Murray dit quelque chose à l’oreille de Scarlett Johansson alors qu’ils se serrent dans les bras, en plein milieu de la foule de Shinjuku. De ce secret — et c’est ce qui en fait la beauté — le spectateur du film ne saura jamais rien.

Jour 6 – Prendre un avion par la main

« A CHAT WITH CATASTROPHE »

“Everything could always be otherwise”

Rob Hopkins — Feb. 20, 2018

I recently came across Catastrophe, a French performance art collective who describe themselves as “an artistic group formed in 2015 and made up of young people”. On their website I read that “From 8 to 22 February, at the invitation of the Munich City Theater, Catastrophe travels to Bavaria, where she will set up her “test station and errors”: a workshop of the imagination , dedicated to the materialization of things that do not exist yet. We will thus try, within the limits of our means but passionately, to take seriously our imagination, by concretizing things that we would like to see existing”.

I was inspired by this, and by their assertion that “All could be other”, and wanted to find out more. Unable to make it to Munich, I got in touch with them, and they very kindly agreed to being interviewed by email. So here, actually benefitting from the not-quite-perfect-English, is that interview.

Could you tell me a bit about Catastrophe? Your website describes you as an “artist group”. What form does that take? What do you do? Which media do you use?

Catastrophe was created in 2015. At first, it started with performances in apartments, we were willing to transform an apartment into a brain in a way that people would see what is behind their own eyes. After that it evolved a lot. In 2016, we published a text in ‘Liberation’ that has been read, shared and discussed a lot, maybe even too much.

But this reaction gave us the urge to continue, to precise and to imagine again and more. Last September we published an essay called ‘La nuit est encore jeune’ (‘The Night is Still Young’) (Pauvert editions). Few month after this, an album with the same name has been released on the Tricatel label. We had the chance to be able to experiment the musical and literary scene. Our goal is to create moments. Moments made of liberty, filled with risks and possibilities where we could try what we had never done before. Like biting a hot chili.

You are shortly touring ‘1968: Imagine Now’. Could you give me a sense of what happens at this? Is it a show? An exhibition? A workshop? What should people expect if they come along?

We have been invited by the National Theater of Munich, The Munchen Kammerspiele, to perform in a show called 1968 where there are other companies from Mexico, Ivory Coast, Berlin, etc. It is a big melting-pot inspired by the spirit of the 1968 revolution. For us, we have chosen to set up an ‘imaginary factory’: we have collected ideas from everywhere and in Munich we are trying to realize some of them. For example we hung signs onto statues in Munich, making them speak (or laugh!). We are also going to harmonize the street with a piano.

Facing the everyday life reality that people usually don’t tend to talk to each other in public space — communicating with the others may seem weird or inappropriate. We came up with the idea of wearing a recognition sign (such as a pins or a badge) that allow you to start a conversation with a perfect stranger. In parallel to that, we worked in schools with students around the power of imagination. And in the evening, every Friday, Saturday, Sunday, we are playing 20 minutes in the show: it’s a mix of text and music in which we try to transform people’s fears in energy and new ideas.

I wonder why you feel the need to focus your work on imagination? How would you judge the state of health of our collective imagination in 2018?

We have the feeling that today imagination is only viewed as a way to escape reality instead of a tool to change it. Very often new ideas appear to be mocked, at least in France — such as the Universal Income defended during the last presidential election by Mr Benoit Hamon, which was perceived as a really childish idea. This reaction led him to a total electoral defeat (only 6%, whereas he belonged to the Socialist party, the former president’s party). Of course, there are other conjectural reasons for his defeat, but we were hit by the mockery climate around its proposal.

Here we’re not talking about arguments (there are good arguments against Universal Income, of course) but about easy laugh — a sort of generalized ‘troll’ laugh. Internet is fascinating for that. On YouTube, under any video of something new, something fragile, you’ll have comments of people destroying it as ‘non-serious’ proposal. It is comic to see how systematic it is.

It is also funny to see that forty years ago, the President of the United States Jimmy Carter, sent a golden record in space, when now it would be totally unthinkable to do such thing. Today you’ll be laughed at only by mentioning space conquest. ‘Being realistic’ is an expression that we encounter all the time, forgetting that most of the time realism is nothing but a abuse of power.”

You are asking people to send you in their ideas for the future. Why?

Because there is no future without new ideas. Because we were invited in Munich to do something around 1968 and because ‘Imagination at the helm’. Because it was the only idea we had. Because we’re tired of the same pattern repetition – the repetition of the same. Because 1% of ideas can change 99% of the world. Because we have this magical power in us. Because imagination is a good way to sublimate our sexual urges. Because it permits one to feel one’s strength easily. Because it makes us laugh, after all. Because Einstein. Because David Bowie. Because Virginia Woolf. Because Kendrick Lamar. Because planes were invented in 1890 by a guy who wanted to fly like a bat. Because we need the ideas of others, because we’re not sufficient on our own. Because we want ideas and not fears to unite us. Because it’s an easy way of passing time. Because we are coming from Pluto and we need ideas as fuel for our spaceship. Because we like to think it was simple after all. Because people think they can’t change the world and it’s only partially true. Because a new idea is a life instinct which has found its shape. Because we wanted you to ask us this question.

You talk about “concretising things that we would like to see existing”. Once you’ve gathered ideas, how do you step over into doing them? What follows your workshops that helps make these ideas a reality?

To be honest, we can’t concretize all the ideas we are receiving; we’re just around 6 or 7 working on that, and we don’t have an unlimited budget nor unlimited technical capacity. In the future, we would love to work with people who are masters in their own practices, such as architects, scientists and artisans, …finding the right partners takes time. But in Munich, the Münchner Kammerspiele has helped us concretizing simple ideas: we have harmonized the street with a piano, in order to show that reality is the best show you’ll ever see.

[Editor’s note: I did ask them what “harmonized the street with a piano” meant. They replied “Harmonizing the street with a piano mean people are sat on chairs in front of a front window, looking at the everyday life of the street, and we are playing piano behind them, and doing some choirs, to harmonize the reality. The street become the best show you’ll ever see (and for real, it is !)”].

We have collected fears of people and erected a wall of fear. We have made the statues speak out loud in the street. We have talked with a class of sociologists and have proposed them to help us realizing ideas.

But that’s an interesting point here; we really need others in order to go further. By our own, we are very limited. We know how to do music, texts, events, we try to create moments. But to think a bit further, imagination is a political issue, it’s a collective need, we do our little and limited part of the job, hoping others will help for the rest. In the French newspaper Society, last year, Frederic Lordon, an economist, told to a journalist something we are sharing :

“It is not reasonable to ask from someone that they could so to say hold the two sides of the discursive chain. It is too much to ask from one only man, personally I wouldn’t be able to. More than that, the irony is that people who are claiming that, are without realizing surrendering to the providential, omnipotent man’s figure (…) but it is to forget that political action is a collective concern. Which means a labour division.

It feels to me like in 2018 there are less and less spaces for people to come together and imagine the future, to imagine together, to dream. Aside from what you are doing, what other things have you come across that serve that function too?

Many things. The more we do, the more we discover that we are surrounded by people looking for the same kind of things — with their proper aesthetics and sensibility, of course. It’s one of the most exciting aspects about creating things in public. You meet people you would have never talked to and who are, amazingly, exactly like you (in a totally different way).

Among them, we have met people from European Lab — a lab of ideas with more than 250 European actors that are lighting up, supporting and helping initiatives that will define tomorrow’s culture. We also feel close to the French group Aquaserge, that is making music but not only; they have lived together, they are close to the Tarnac group, they try to think and imagine their lives (recently we read an interview of Jean Luc Godard where he said “People are brave enough to live their lives but not brave enough to imagine it” – how true it is).

We also enjoyed the creation of DIEM 25 by, among others, Yanis Varoufakis and Brian Eno (!). On a more artistic level, we liked the initiative of Michel Gondry at Beaubourg in Paris, ‘Usine de films amateurs’, a factory where everyone, from kids to old people, can share an idea of a movie and concretize it with Gondry. Of course, we were interested by Nuit Debout, which happened in Paris in March 2016 and was considered at the French Podemos. People were on the Place de la Republique, sharing ideas, doing music, throughout the days and nights. It was of course chaotic, not very clear on a political aspect, but exciting, fresh and creative. Like a uncertain poetical agora. And that is all that matters in life for us.

If you had been (collectively) elected President of France in the last election on a ‘Make France Imaginative Again’ platform, what might you do in your first 100 days in office?

First of all, we would launch a global reform of the public medias, focusing on innovative, bold and demanding contents. We have the feeling that it is the role of the state to defend culture in the age of the mass medias. Not only because we like culture, but because it changes minds. The responsibility of public medias is enormous regarding political changes, we have seen it well with the election of Trump. 40 years ago, in France, there was this incredibly poetic generic in public television, today it would be unthinkable when everything has to be entertaining, nervous, in one word, bankable.

In parallel, we would initiate a reform in education, by creating lectures devoted to imagination: workshops about precise problems that are dependent of us, and how to imagine solutions to solve those, on an individual level for the first step. Scientists, workers, artists, everybody could do some masterclass in these workshop, propose and find ideas elaborated by students and teachers. It would be a collective approach of education: the contrary of the individual competition logic.

After that, we would probably take a big rest, realizing that running a country is not an easy task and that things are more complicated than we thought. And we would finally make some music. Have you heard of that ?

Do you have any last thoughts about why imagination is important and why we need to focus our attention on it ?

In 1890, Clément Ader was fascinated by bats. He wanted to fly like them. He brought gigantic bats with 1 meter long wings from India and studied their morphology by letting them fly in his private garden in a way to create a flying machine that would look like them. At the end, the product looked like a huge, pink, completely non-proportioned, made of fabric machine. People surrounding him were constantly making fun of him and this non-sense project while he kept believing in it. His first try out happened in the Gretz-Armainvilliers’s castle’s garden, where this construction flew for 50 meters but only with a height of 20 centimeters above the ground. This attempt was like an imaginary fantasy, it was absurd, it was nothing. It was the start of aviation.

Original interview here

« LE VOYAGE EN BAVIÈRE »

Les mains tendues

Journal de tournée de Bertrand Burgalat, A.S Dragon et Catastrophe

Retour sur une tournée en France et en pays Bavarois — où l’on joue à GTA dans des vans sombres filant dans la nuit, où l’on se demande quoi raviver des cendres de 68, où l’on fait parler les statues de Münich et où l’on se heurte à l’indifférence de l’autre jusqu’à, comme par magie, rencontrer quelqu’un.

I. L’hexagone

23.01.2018 – Les alchimies de Metz

Un ami m’avait dit à la sortie d’un concert : « tu verras, faire une tournée, c’est comme grossir au microscope un des enjeux humains essentiels : briser l’indifférence ». Chaque soir, jouer devant des inconnus qui pourraient s’en foutre et le faire sentir, chaque soir essayer de leur parler dans les yeux et tenter une transformation, presque chimique, de l’indolence en considération. Faire de la musique comme de la prestidigitation, pour sortir un lapin du chapeau et apercevoir la surprise dans la pupille de l’autre. C’est dans cette optique d’une tournée ensorceleuse qu’on quitte Paris dans notre van noir avec les A.S Dragon, Alice Lewis et Catastrophe et c’est dans une toute humeur paranormale qu’on arrive à Metz : «ancienne capitale d’Austrasie, royaume des Mérovingiens». Il y a une magie de la vieille pierre, une sorcellerie propre aux lieux de culte reconvertis en lieux de culture. Les Trinitaires de Metz, ancien couvent changé en une salle de concert alternative, en abonde. Lieu d’alchimie, idéal pour une première nuit. Dans la salle, alors que nous chantons, certains visages me bouleversent ; c’est qu’ils ont pour Tricatel en général, et pour Bertrand en particulier, une tendresse de vieux marin, une bienveillance de loup de mer, quelque chose d’autant plus tendre que les apparences sont accidentées. Peaux tannées, odeurs de vieux cuir, cicatrices. Comme une inaptitude au monde qui devient, dans cette ambiance tamisée, une qualité supérieure. Parce qu’ils se reconnaissent entre eux au premier coup d’oeil, parce qu’ils ont le même planétarium bleu au fond du regard. Au premier rang, l’un d’eux porte une canne et son sourire discret est un projecteur aveuglant. J’évite de trop le regarder par peur d’être saisie par ses airs de capitaine Haddock fébrile.

24.01.2018 – Lyon et la vie intense

Sans doute est-ce de s’appeler Catastrophe, d’éprouver les radiations d’un nom, mais nous attirons à nous les petits désastres. Ce sera aujourd’hui les effets de la crue, inondant les issues de secours de la Péniche Sonique. Concert impossible. Bertrand n’envisage pourtant pas le repli : «Nous jouerons à Lyon ce soir» affirme-t-il, définitif et malicieux. Pour une fois le doute n’est pas permis et nous enchaînons les coups de fils comme les cigarettes en fin de soirée. Tout arrive : le club du centre de Lyon la Maison mère, est disposé à nous accueillir au débotté. Un cube d’or, une aubaine. Trois heures plus tard, on ne distingue plus les dorures ; le lieu est bondé et, dans la marée des visages, on repère ceux de Tristan Garcia et d’Agnes Gayraud (La Féline), rougis par les 200 autres corps qui pressent de tous bords. Une idée de la vie intense (et compacte). Le concert aura des allures de fièvre collective et nous en en sortirons en sueur, comme après avoir fait un cauchemar ou l’amour.

25.01.2018 – Les sens interdits de Toulouse

Humeur grise sur ville rose ; il a fallu se lever à l’aube, finir de rêver sur la route. Dans le van, chacun fuit dans son inconscient, sauf Pablo, dont le regard pétille depuis trois jours. C’est qu’il est tombé amoureux. La présence d’A.S Dragon dans cette tournée drope sa libido. Découverts en 2014, ils ont changé sa perception de la musique française : «avec leur disque, j’ai réalisé que la France groovait mieux que l’Angleterre parce qu’elle était forte de son immigration d’Afrique, des DOM TOM, de la Tunisie, du Maroc, de l’Algérie d’une immigration qui la gonflent de richesses harmoniques…». Car par-delà les parties de GTA, les tendres insultes et les blagues de cul, on prononce aussi ces sortes de phrases sur la route. Celles-ci et puis des «Tu vas nous tuer», soudain, «tu vas nous tuer putain» parce que le monde s’est depuis trois jours changé en une vaste étendue de panneaux routiers et de péages, et qu’à force d’être cernés par les signes, il nous arrive de prendre des sens interdits dans la nuit.

26.01.2018 – Bordeaux : sous l’océan, l’artifice

Jouer dans la cale d’un bateau procure d’emblée un vertige inversé, une ivresse des profondeurs qu’on romance un peu (nous ne sommes qu’à trois mètres de fond…) :
« On pourrait jouer dans les abysses un jour, tu crois ? A moins 130m de profondeur, on risque pas de faire une crise cardiaque ?
– Possible, mais si t’es accompagné par quelqu’un qui connait
Staying Alive c’est ok
– ??
– C’est le rythme du massage cardiaque type, renseigne-toi »

En guise de Staying Alive, il y aura ce soir les Étranges nuages de Bertrand pour masser les coeurs et faire bouger les corps. A la fin du concert, deux avocats éméchés et moqueurs viendront nous aborder, d’abord le visage tordu par l’ironie, et puis soudain touchants, chiens qui sans prévenir se lovent à vous : «Vous prenez le risque d’être ridicules sur scène et du coup, on a plus peur de l’être nous, en face». Et c’est vrai que ce concert à eu pour nous des allures d’abandons partagés, de feux d’artifices en profondeur, pyrotechnies qui nous laissent là, en sueurs et revigorés.
Quittant le bateau alors que la mer prenait, on ne pense qu’à y plonger encore.

II. La Bavière

29.01.2018 – « Vous finirez tous par crever du confort » (mur de Nanterre, 1968)

La pluie brille sur la route comme une papillote noire dans la Maximilian Strasse où se trouve le München Kammerspiele— théâtre national où nous nous installons tout février, invités à l’occasion des 50 ans de 1968. En vérité, tout brille dans cette rue. Les enseignes Vuitton et Chanel et les capots des taxis déserts, les néons du théâtre et les cheveux des jeunes allemands, et arrivant nous sommes comme des enfants, éblouis par les lumières des gens et des choses. Nous pensons d’abord être tombés dans le quartier riche de la ville, ; nous apprendrons bientôt que la ville n’est qu’un immense XVIème arrondissement. Une riche ville pondérée, charmante, et joliment ennuyeuse. Comme une femme trop maquillée, de fonds de teint et de principes protecteurs. Nous étonnent ces journaux disponibles dans des cagibi en plein air, ouverts, et dont il est inscrit qu’un exemplaire coûte 0,80€ du lundi au vendredi puis 1€ le weekend. On pourrait bien sûr dérober tous les exemplaires d’un coup, hop, comme ça — sauf que cela n’arrive pas. Personne ici ne vole les journaux ; chacun met sa pièce et cela nous parait complètement absurde, mais voilà, les allemands ont des principes, et le respect de l’espace public est l’un d’eux. Aucun tag sur les murs. Aucune fête dans les bars. Aucun restaurant qui vous sert après 23h. Aucun bruit la nuit. Nul ne traverse au rouge. Comme un air de Kraftwerk, de robots allemands. Respectueusement doux et inquiétants. «Munich est sans doute la seule ville d’Europe où tu peux marcher au hasard des rues sans être surpris, jamais», lance Hadrien.

31.01.2018 – « Le bleu restera gris tant qu’il n’aura pas été réinventé » (Nanterre, 1968)

Comment briser le mur de l’indifférence ? Comment se rendre sensible aux autres, et te rendre sensible à moi ? Question que pose toute relation ; aux choses, aux visages, aux lieux. Ici plus encore, face à un public qu’on ne connait pas et dont on ne parle pas plus la langue qu’on ne partage l’humour. Nous sommes ici pour faire quelque chose non pas sur, mais à partir de 1968 – en ressusciter l’esprit, plutôt que le prendre comment objet d’étude – et tout l’enjeu de cette époque tenait précisément à cela : briser l’indifférence du pouvoir vis à vis de l’imaginaire, l’indifférence des riches aux ouvriers, l’indifférence du vieux monde aux idées neuves qui tiraient par en dessous. Comment en finir avec l’anesthésie des désirs ? «Des hommes, pas des robots», disaient en 1967 les grévistes de Rhodiacéta. Mais comment réveille-t-on une ville musée ? Et comment émouvoir un visage fermé ? Comment se parle-t-on ? Est-ce que tu m’entends quand j’écris ce journal ? Ou bien sont-ce seulement des mots, imprimés et interchangeables ? Est-ce que quelqu’un est là ?

2.01.2018 – « Fais attention à tes oreilles, elles ont des murs » (Censier, 1968)

Criante inégalité dans nos logements : alors que la plupart d’entre nous dormons dans des appartements de fonction du Kammerspiele, chics et minimalistes, Pablo et Arthur, relégués dans un hôtel douteux à une heure du théâtre se donnent du courage en se rappelant que de 1960 à 1962, les Beatles ont donné plus de 280 concerts à Hambourg où ils partageaient à cinq, deux chambres sans chauffage, «mec ils utilisaient les toilettes du cinéma comme salle de bain, alors te plains pas».

7.01.2018 – « Le vent se lève, il faut tenter de vivre » (Nanterre, salle C20, 1968)

L’image des événements de 1968 n’est pas la même en France et en Allemagne. Quand on nous dit « révolutions de mai », nous pensons : libertés sexuelles, universités libres, imagination au pouvoir et « Dany le rouge ». Eux pensent : répression, violence, passé nazi et amnésie collective. Terrorisme, aussi. Les performances proposées par chacune des compagnies invitées ici ont donc en commun un goût de la noirceur, une propension à la culpabilité, à un masochisme léger. Henrike Iglesias, un étonnant collectif féministe berlinois, fait promettre au public qu’ils ne diront plus jamais rien de raciste, sexiste ou grossophobe. Une autre compagnie fait répéter aux gens «Je serai toujours un monstre génocidaire». Le prix Nobel de Littérature 2014, Elfriede Jelinek, propose quant à elle une lecture silencieuse de 20 minutes durant laquelle, comme le veut l’intitulé, elle se tait et lit dans sa tête. Pendant ce temps, on distribue des bières au public.
Il arrive qu’on frissonne. Il arrive qu’on traverse des épiphanies. Il arrive aussi, et souvent, qu’on se sente bêtes ou hors de propos, avec notre goût de la joie et de la tentative, notre obsession pour la musique et l’imagination. Il arrive surtout que le goût de l’absurde nous prenne, celui d’une sorte de vie pour la vie. Alors nous croquons dans des piments. Faisons du piano à queue la nuit, dans les sous-sols du théâtre. Marchons quinze mètres au dessus de la scène sans harnais. Allons au zoo zieuter les culs des giraffes. Visitons la Philarmonie. Goûtons aux wurst, ces saucisses de 12 centimètres faites pour accompagner le petit déjeuner. Pleurons sur le manque de légumes des rades bavarois. Osons la frange, la raie sur le côté ou la boule à zéro. Imitons la voix Julien Doré dans toutes les pharmacies. Marchons sur les mains dans le hall du Kammerspiele. Entamons une collection de kebabs. Songeons, même, à voler un journal en vente libre.

10.01.2018 – « La beauté est dans la rue » (Odéon, rue Rotrou, 1968)

Les-mains-tendues-OKDans cette ville-musée, on a pris un plaisir d’enfants enneigés à faire parler les statues en accrochant des phrases à leurs mains tendues. Avec de grands panneaux aux inscriptions allemantes hurlantes — LES STATUES MEURENT AUSSI, TOUT DISPARAITRA, LA NUIT EST ENCORE JEUNE, IL Y AURA UN MATIN — redonner vie à ces statues munichoises qui sont partout, titanesques comme les bâtiments, paralysantes et mortifères, et on s’est demandé ce qu’elles auraient à nous dire si on leur donnait la parole, puis on les a regardées qui riaient parce que le temps passe, et que tout disparaîtra. Quelques jours plus tard, au théâtre, un universitaire anarchiste nommé Robert nous racontera être monté sur l’une d’elle pour remettre une pancarte renversée à l’endroit, et avoir aussitôt écopé d’une amende par la police — non pour avoir fait parlé les statues, mais pour être grimpé dessus. « Comment vous appelez-vous et quand êtes vous né ? » lui aurait demandé le flic, interpellant, « Et vous ? J’aimerais savoir si nos signes astrologiques sont compatibles » lui aurait élégamment répondu Robert.

X.X.XXXX

En rêve, une nuit, nous avons vu une Station d’essais et d’erreurs se matérialiser pour accompagner notre séjour allemand. Un endroit où nous réaliserions des inventions nouvelles, venues de tous les coins du monde, comme ça, pour rien. Après avoir lancé un appel sur internet, nous avons recueilli toutes sortes d’idées. Bâtir 1 des lieux païens dédiés au silence dans les grandes villes. Une hotline de secrets auxquels on pourrait avoir accès 7/7j. Une plateforme pour que se rencontrent des gens que tout oppose, qui ne se croisent pas dans la vraie vie. Un lieu où les gens échangeraient dans le noir sur un sujet X, sans le truchement des visages. Une école de la fragilité, où l’on viendrait mettre en commun ses failles et les faire fructifier. Un sas de decompression, installé à la sortie des salles de concerts ou de cinéma pour faire décanter ses impressions. Un mur des peurs, catharsis dans l’espace public, où sonder l’esprit du temps. Un speed-dating fictif, où rencontrer des gens en se mentant pendant 15 minutes, jusqu’à tomber amoureux d’un imaginaire.

13.01.2018 – « Aimez-vous les uns sur les autres » (Censier, 1968)

Une allemande judicieusement nommée Gro (salut, Gro !) nous raconte que Thomas Mann, qui a étudié à Munich, y travailla aussi, dans une société d’assurance. Et puis jouait du violon. S’il n’était pas devenu écrivain, il aurait voulu être chef d’orchestre, pour mettre tout le monde au même rythme. Ici, nous souffrons – raisonnablement – d’une arythmie générale. Devoir vivre en groupe, avoir à faire aux élans des autres, à leurs changements de températures et de préoccupations. Vient le moment où, après avoir ri ensemble, nous voudrions juste redevenir des chats. Sauvages et indépendants. Regagner nos solitudes, nos dignités de félins. La tentation d’être distant d’avec le reste du groupe est là, mais nous nous efforçons d’être attentifs ensemble, de trouver la chorégraphie générale qui laissera respirer les mouvements de chacun. Ce qui réclame une patience d’or. Et on croit, par à-coups, comprendre pourquoi le mouvement collectif que se proposait d’être 1968 n’a pas tenu.
Tout de même, il y cette chose que nous a appris Carol, et qu’on recrée chaque soir avant de monter sur scène : un egregore — la création d’un esprit de groupe par une prière collective, une thérapie à plusieurs, un rituel chamanique ou, plus simplement, des corps en cercle, des mains sur les hanches, des regards, volés ou même pas, et puis de l’attention. S’accorder ensemble, respirer ensemble, faire une blague de mauvais goût et sauter sur scène pour tenter de saisir la nuit.

16.01.2018 – « Explorons le hasard » (Bd St Germain, 1968)

Tout le monde ou presque est reparti à Paris pour nos trois jours de repos, jouer Party in my pussy à France Inter, interpréter les reprises de Léo Ferré enregistrées par La Souterraine, travailler aux Studio Bleu. Nous retrouvons le charme douillet et casanier de la monotonie et il y a dans cette paresse, cet engourdissement de la durée, une douceur pas déplaisante. On éprouve, dans cette pause, la fin prématurée d’un cycle. Le passage à autre chose. Le mois est presque terminé, il ne reste plus que quatre dates — et pour la première fois j’entend aussi le mot « tournée » dans son sens circulaire. Un cycle de vie et s’en va. Où iras-tu après tout ça ?

19.01.2018 –  (Odéon, 1968)

Munich est belle quand elle est blanche. Son manteau de neige rend à la ville son âme. Et, la découvrant la nuit, nous avons envie de courir pour rien dans les rues. Entendre la neige craquer sous nos pieds comme un bruit de papier froissé. Demain, c’est la dernière.

21.01.2018 – « Faites l’amour et recommencez » (Odéon, rue Jacob, 1968)

Chaque soir à Munich, à la fin des performances, j’allais dans le public, tendre la main à un spectateur au hasard. Certains ne la prenaient pas, et la main restait alors suspendue quelques secondes en l’air ; d’autres la serraient et me regardaient dans les yeux. Il y eut un couple inquiet, aux mains fuyantes, au regard doucement apeuré. Il y eut un dragueur, qui en profita pour caresser l’intérieur de ma paume. Il y eut vieille femme aux yeux qui tremblaient, et je ne sus pas les fixer. Il y eut des petites filles aux peaux moites et au sourire incertain. Il y eut un vieil homme dont je ne croiserai sans doute plus jamais le regard dans cette vie. Il y eut des mains humides et des mains rêches, des petites mains et des doigts débordant les miens, des poignes craintives et d’autres qui apaisent. Il y eut les mains molles et celles qui vous prennent en otage.
Il n’y eut pas de mains indifférentes.

« Ce qui compte ce ne sont point les singularités qui se détachent d’une mode commune mais l’inverse : la lente montée d’un uniforme, le mouvement qui nous traverse, la perte de conscience individuelle, l’histoire sans moi, le monde moins moi, un geste sans auteur suspendu dans le vide et toutes ces choses qui sont la menue monnaie de la mort. »
Jean Jacques Schuhl – Rose Poussière, ed. Gallimard, 1972

IMAGINER

MAINTENANT

A l’instant même où vous lisez ces lignes, un nombre incalculable d’idées et d’alternatives possibles tourbillonnent autour de vous.

Il faudrait s’emparer de cette pensée simple mais puissante : tout pourrait toujours être autrement. Et non seulement le dire, mais le faire :

Du 8 au 22 février, à l’invitation du théâtre de la ville de Münich (München Kammerspiele), Catastrophe voyage jusqu’en Bavière, où elle installera sa « station d’essai et d’erreurs » : un atelier de l’imaginaire, dédié à la matérialisation de choses qui n’existent pas encore.

Nous tenterons ainsi, dans la limite de nos moyens mais éperdument, de prendre au sérieux notre imagination, en concrétisant des choses que nous voudrions voir exister.

Aidez-nous à rêver concrètement et faîtes-nous parvenir vos idées via le formulaire en ligne ci-dessous, nous nous efforcerons tant bien que mal de leur donner vie.

PAR EXEMPLE

Inaugurer une chaîne de télévision où n’auraient la parole que ceux à qui on ne la donne jamais ;

Créer une plateforme où se rencontreraient des personnes que tout oppose, et qui ne se croisent pas dans la vie ;

Bâtir dans les villes des lieux païens dédiés au silence, où l’on viendrait se recueillir sans condition ;

Mettre en scène un spectacle pour une seule personne dans le couloir d’un hôtel ;

Mettre en place une hotline où l’on pourrait s’entendre chuchoter des secrets 7 jours sur 7 et 24h sur 24h ;

Ouvrir un restaurant où l’on ne mangerait qu’avec les mains ;

Eriger dans la ville un mur des peurs sur lequel chacun pourrait y afficher la sienne ;

Etc.

La vie est un laboratoire.

FANTASIE

JETZT

In eben dem Moment, in dem Sie diese Zeilen lesen, wirbeln unzählige Ideen und mögliche Alternativen um Sie herum.

Diesen ebenso einfachen, wie wirkmächtigen Gedanken müsste man sich zu eigen machen: alles könnte immer anders sein. Und es nicht nur sagen, sondern es auch machen:

Auf Einladung der Münchner Kammerspiele reist Catastrophe vom 8. bis zum 22. Februar nach Bayern, wo sie ihre „Station der Versuche und der Irrtümer“ einrichten wird:
Ein fantastisches Atelier, das sich der Materialisierung von Dingen widmet, die es noch nicht gibt.

So versuchen wir, in den Grenzen unserer Möglichkeiten, aber um so verzweifelter, unsere Fantasie ernst zu nehmen, indem wir die Dinge konkretisieren, die wir gerne auf der Welt sehen würden.

Helfen Sie uns, konkret zu träumen, und lassen Sie uns auf diesem Online-Formular Ihre Ideen zukommen – wir werden uns nach bestem Wissen und Gewissen bemühen, ihnen Leben einzuhauchen.

ZUM BEISPIEL

Einen Fernsehsender einrichten, wo ausschließlich diejenigen zu Wort kommen, die sonst niemals zu Wort kommen.

Eine Plattform schaffen, auf der sich Personen begegnen, die alles trennt und die sich im wirklichen Leben niemals treffen würden.

In Städten heidnische Orte bauen, die der Stille gewidmet sind und wo man sich bedingungslos sammeln kann.

Eine Aufführung für eine einzige Person in einem Hotelflur inszenieren.

Eine Telefonhotline ins Leben rufen, wo man sieben Tage die Woche rund um die Uhr geflüsterte Geheimnisse anhören kann.

Ein Restaurant eröffnen, wo man ausschließlich mit den Händen isst.

In der Stadt eine Mauer der Angst errichten, auf der jede/r seine eigene Angst einschreiben kann.
Usw.

Das Leben ist ein Labor.

Soumettre son idée / reiche seine Idee ein :

TOUT
POURRAIT
ÊTRE

AUTREMENT

« Pour des raisons suffisamment évidentes, chaque génération traite la vie qu’elle trouve à son arrivée dans le monde comme une donnée définitive, hors les quelques détails à la transformation desquels elle est intéressée. C’est une conception avantageuse, mais fausse. A tout instant, le monde pourrait être transformé dans toutes les directions, ou du moins dans n’importe laquelle; il a ça, pour ainsi dire, dans le sang. C’est pourquoi il serait original d’essayer de se comporter non pas comme un homme défini dans un monde défini où il n’y a plus, pourrait-on dire, qu’un ou deux boutons à déplacer (ce qu’on appelle l’évolution), mais, dès le commencement, comme un homme né pour le changement dans un monde créé pour changer…».

(Robert Musil, L’ Homme sans qualités)

QUE CROYONS-NOUS ?
Dans un monde où tout est en l’air, Catastrophe danse.
Un monde s’achève et tout tremble, mais dans la nuit nous puisons des forces.
Plutôt que la résignation, nous choisissons la joie.

Le monde est une pâte à modeler, pas cette masse inerte et triste pour laquelle il passe.

Essayons encore, ratons mieux.
Tout change à chaque instant : c’est une chance.

QUI SOMMES-NOUS ?

Catastrophe est un groupe artistique formé en 2015 et constitué de jeunes personnes. 

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QUE FAISONS-NOUS ?

Catastrophe se produit la nuit et ne fait jamais deux fois la même chose.

Dans des cabarets et des anciens abattoirs, dans des foyers de théâtre, des cafés fermés,
sur les murs de la ville, dans les forêts et les musées, sur des disques ou des livres,
au 7ème sous- sol d’un parking ou sur des plages vides,
Catastrophe imagine.

2018 

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La nuit est encore jeune (disque), à paraître sur Tricatel

2017

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La nuit est encore jeune (essai), paru chez Pauvert
Triptyque de performances au Musée Guimet (Rotonde, Salle des statues Khmer, Auditorium)
Nuit de radio pour le réveillon, 12h en direct sans interruption, sur Radio PiiaF
Concert au sommet d’un belvédère face à la mer pour La bonne aventure (Dunkerque)
Clôture du Festival de la Route du Sirque (Nexon), sous le grand chapiteau
Clôture du Festival Wet, dans le foyer du Théâtre Olympia (Tours)
Soirée à la Librairie de Paris, musique au milieu des livres (Paris)
Performances lors de festivals littéraires (Bibliothèques Idéales, Livres dans la boucle, Marathon des mots…)
L’abandon, à la Maison de la poésie, variation musicales autour d’un roman

2016

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Dernier Soleil (mini-disque), paru chez Tricatel

Evénement dans une forêt, pour le festival Château Perché (Auvergne)
Triptyque de revue dans le cabaret de Madame Arthur (Paris)
Apparition musicale dans un salon, pour le Festival du Dôme (Tours)

2015

Performance inaugurale à l’Amour, Huit tentatives (infructueuses) d’aboutir au sublime (Bagnolet)

NOUS
CROYONS
AUX

POSSIBILITÉS
HALLUCINATOIRES
DU RÉEL

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tricatel

« Rayon vert » : n m (de l’anglais green flash) : photométéore rare qui peut être observé au lever ou au coucher du Soleil et qui prend la forme d’un point vert visible quelques secondes au sommet de l’image de l’astre tandis qu’il se trouve en grande partie sous l’horizon.